Ventus Energy en procédure de redressement : ce que tu dois savoir
La nouvelle est tombée début juin 2026 : Ventus Energy entre dans une procédure "d'assainissement judiciaire" supervisée, encadrée par la loi estonienne. C'est presque pareil qu'un redressement judiciaire, en soi. Concrètement, ça ne veut pas dire que la plateforme est en faillite. L'entreprise continue d'opérer, la direction garde les rênes, mais chaque décision passe désormais sous le contrôle d'un tribunal. Les créanciers ne peuvent plus lancer de poursuites individuelles, ce qui évite qu'un seul acteur rafle tout avant les autres.
Trois facteurs ont précipité cette situation. D'abord, une injonction de la BaFin, l'autorité financière allemande, interdisant à Ventus de collecter des fonds auprès d'investisseurs résidant en Allemagne. Si tu te demandes pourquoi l'Allemagne, c'est tout simplement parce que c'est là que le crowdlending européen (non francais) attire le plus d'investisseurs, et Ventus en fait partie.
Ensuite, des blocages persistants dans le traitement des paiements via Paysera. Enfin, selon Ventus lui-même, une enquête pénale ouverte en Estonie pour des actes de sabotage ciblés contre la société. Le résultat immédiat : plus aucune nouvelle souscription, les versements d'intérêts gelés, et un plan de remboursement attendu pour le 10 juillet 2026.
Le portefeuille d'actifs, qui couvre des projets de chaleur, d'électricité, d'éolien, de stockage par batteries (BESS) et de solaire, sera vendu de façon ordonnée pour rembourser les investisseurs. Un Zoom ouvert aux investisseurs s'est tenu le 16 juin 2026 à 18h (heure de Paris). Si la procédure échoue, une insolvabilité formelle avec liquidateur judiciaire prend le relais. Les premiers scénarios chiffrés doivent arriver début juillet directement de Ventus, ce qui rend toute spéculation anticipée peu productive.
Pour mesurer l'ampleur des enjeux, voici un aperçu comparatif des principales plateformes évoquées dans l'actualité récente :
| Plateforme | Actifs sous gestion | Statut actuel | Particularité notable |
|---|---|---|---|
| Ventus Energy | N/C (gel en cours) | Redressement judiciaire | Plan de remboursement au 10/07/2026 |
| Mintos | ~800 millions EUR | Actif, en croissance | Licence bancaire européenne visée fin 2027 |
| Income Marketplace | 24,8 millions EUR | Actif, non rentable | +30 % AUM en 2025, capitaux propres redevenus positifs |
| Viainvest (Via SMS) | N/C | Actif, expansion Lituanie | Nouvelle marque ECOCREDIT.lt intégrée au groupe |
Devon, Asterra Estate, Mintos, Income Marketplace : les autres actualités crowdlending de la semaine
La turbulence Ventus n'a pas suspendu le reste du marché. Devon et Asterra Estate ont revu leurs contrats de prêt pour mieux refléter la nature risquée des financements mezzanine et se conformer aux exigences réglementaires. Ces deux plateformes immobilières ont précisé n'avoir aucun lien juridique avec Ventus Energy et ne pas avoir été contactées par les régulateurs allemands ni baltes. Il s'agit de nouveaux contrats, pas d'avenants : les investisseurs ont signé de nouveaux accords, pas simplement accepté une modification unilatérale. Que d'autres plateformes soient concernées par des ajustements similaires reste une question ouverte : la disparition discrète de la version allemande du site Esketit et un avertissement de l'autorité espagnole contre Maclear laissent imaginer que le nettoyage réglementaire se poursuit dans le secteur.
Du côté des bonnes nouvelles, Mintos a convié une vingtaine d'investisseurs à Berlin pour un échange direct avec son CEO Martins Sulte. La plateforme gère aujourd'hui environ 800 millions d'euros d'actifs et vise le milliard. Elle emploie 180 personnes, dont une quinzaine dans son bureau berlinois en centre-ville. La feuille de route prévoit l'ajout d'actions individuelles à son offre déjà diversifiée (crédits, obligations, immobilier, ETF, crypto) et surtout l'obtention d'une licence bancaire européenne complète d'ici la seconde moitié de 2027, ce qui ouvrirait droit à une garantie des dépôts jusqu'à 100 000 euros. Pour aller plus loin sur l'état du secteur, le bilan des prêts P2P en 2024 offre une analyse fouillée des dynamiques de marché qui éclairent ces évolutions.
Income Marketplace a de son côté publié son rapport annuel 2025. Les chiffres progressent clairement :
- Actifs sous gestion : 24,8 millions d'euros, en hausse de 30 %
- Investisseurs actifs : 5 009, soit +8,7 % sur l'année
- Volume cumulé depuis la création : plus de 200 millions d'euros
- Chiffre d'affaires : 693 000 euros, en progression de 36,7 %
- Capitaux propres : +94 175 euros (contre -69 876 euros fin 2024)
La perte nette recule à 438 000 euros contre 613 000 euros l'exercice précédent. Trois nouveaux prêteurs ont rejoint la plateforme : Simpleros (Espagne), Autofino LT (Lituanie) et Virtus Lending (Kosovo). La structure reste très légère avec seulement six salariés. Income Marketplace n'est pas encore profitable, mais la trajectoire s'améliore mesure après mesure.

Tirer les leçons de Ventus pour mieux piloter tes prochains placements en crowdlending
La Via SMS Group, maison mère de Viainvest, a intégré ECOCREDIT.lt, une nouvelle marque lituanienne de crédit à la consommation. Prêts entre 100 et 5 000 euros, durées de 90 à 720 jours, taux variant de 5 à 75 % selon la solvabilité de l'emprunteur. Ces crédits pourraient prochainement apparaître sur Viainvest, renforçant la diversification géographique de la plateforme, déjà présente en Lettonie, Suède et Pologne.
L'épisode Ventus illustre crûment la règle d'or de l'investissement en crédit participatif : la diversification entre plateformes n'est pas une option, c'est une discipline. Répartir son capital entre des géographies, des modèles économiques et des classes d'actifs différentes reste le meilleur amortisseur face à un redressement judiciaire. Pour contextualiser ces enjeux dans une vision plus large du financement participatif, le bilan du crowdlending en 2024 et ses enjeux donne des repères utiles sur les tendances de fond. Attendre les scénarios officiels de Ventus début juillet avant de tirer des conclusions définitives sur les taux de recouvrement reste la posture la plus raisonnée. Spéculer sur les pourcentages aujourd'hui n'aide personne.
